Ici, il a connu l'enfer. Bou Meng est resté deux années à S21, plus qu'aucun de ses camarades. Il sera incapable de demeurer à l'intérieur de sa cellule plus de quelques secondes. La douleur le submerge et ses cris d'effroi résonnent dans les couloirs. A cet instant, au c½ur des ténèbres, c'est à sa femme qu'il pense. Bou Meng a été arrêté et emmené à S21 avec elle. Il ne l'a jamais revue. Il a subi des tortures infinies pour avouer une absurde appartenance à la C.I.A. Epuisé, affamé, il a fourni les réponses qu'on attendait de lui. Et donné les noms de toutes les personnes qu'il connaissait. Les fantômes des 68 membres de ce « réseau » imaginaire, dont au moins 23 ont été assassinés, viennent encore le hanter. Il n'avait pas d'autre choix. Une grande partie des gardes du camp, des jeunes gens incultes, étaient eux aussi forcés d'obéir, sous peine de mort.
___________PHOTOS BENOIT GYSEMBERGH